Samedi 19 mars 2005

Pourquoi j’en ai assez de ce petit pays geignard et craintif.

Pourquoi je suis favorable au OUI.


Par Olivier Jouan

 

Depuis plusieurs jours, je suis passablement contrarié par l’atmosphère nauséabonde qui s’est développée autour du réferendum sur la constitution européenne.

L'idée de création de ce Blog tient à l'envie que cette contribution pourrait prendre son autonomie incitant les uns et les autres à réfléchir et à prendre la parole sur un sujet pas très sexy mais qui engage pourtant, j’en suis certain, l’avenir de l’humanité.

Tout d’abord, consulter les citoyens par réferendum, sur le traité établissant une constitution pour l'Europe, préalablement à la ratification, me semble complètement déplacé. Je ne m’étonne plus des idées toutes plus maladroites du président Chirac qui va nous jouer ici un remake de la dissolution de l’Assemblée Nationale.

Premièrement : quel que soit le résultat, le traité sera ratifié par les Etats ce qui crispera davantage les Français au cas ou le NON l’emporterait.

Deuxièmement il ne faut pas abuser du référendum en démocratie hors des périodes de crises. En effet, le parlement européen a été élu au suffrage universel.

Oui la constitution reste perfectible.

Oui il est regrettable qu’elle ne puisse être révisée qu’à l’unanimité (ce qui n’a pas empêché les autres textes d’être révisés plusieurs fois depuis 1957)

Oui il est regrettabe que cette Europe pense un peu trop à commercer.

Oui la constitution consacre l’économie de marché et laisse la compétence en matière de politiques sociales aux Etats et l’on pourrait souhaiter d’autres équilibres.

Que l’on cherche dans le texte un seul article plus capitaliste que les textes en vigueur, un seul article qui marque un recul.

Je crains que les débordements hystériques de ces derniers jours des partisans du NON soient liés à des motivations peu avouables.

Il existe cependant des tenants du NON qui tiennent des positions argumentés et avec lesquels on peut débattre :

D’une part les souverainistes pour qui le texte va vers plus d’Europe, une Europe plus politique, plus intégrée. Ils sont clairement contre le traité.

D’autre part s’exprime le NON révolutionnaire : ses partisans estiment que l’Europe doit renoncer au capitalisme et collectiviser les moyens de production. Pour eux tant que la révolution n’a pas eu lieu, il faut dire NON.

Depuis les années cinquante, l’Europe avance prudemment, peut-être trop, mais sûremment avec un projet démocratique, processus nécessairement exigeant et lent. Maintenant qu’elle sort du bois pour aller vers une communauté politique plus affirmée, vers un renforcement de ses institutions, doit on attendre de ceux qui ont déjà tenté de « changer l’Homme par l’Homme » qu’ils nous inventent un monde meilleur.

Et les autres partisans du NON :

Que veulent-ils exactement ? Saborder un projet démocratique, garantissant la paix, un projet en pleine croissance, perfectible certes, à l’instant même où les fondamentalismes de tous poils s’expriment à commencer par le fondamentalisme catholique du président Etasunien.

Que veulent ils ? Suivre le modèle capitalo-communiste chinois qui n’est même pas un projet, juste une machine à produire des biens de consommations que nous ne voulons plus produire. Un moteur économique en pleine surchauffe. Moteur qui doit beaucoup à la hausse du prix du pétrole pour se refroidir un peu et éviter l’implosion. Un économie qui s’emballe avec un système bancaire fragile et des avoirs en dollars qui actuellement fondent comme neige au soleil.

Que veulent-ils ? Affaiblir davantage une Europe qui ne parvient pas à s’affirmer face à une Russie qui régresse tant sur le plan des droits que sur le plan économique. Une Russie hantée à nouveau par des accès de paranoïa.

Que veulent-ils ? Nous cacher du reste du monde lorsque nous faisons entrer les nouveaux pays de l’ancien bloc soviétique. Moment crucial d’une évolution inévitable que nous devons réussir absolument. Quel accueil pour les nouveaux ! Quel enthousiasme après avoir attendu près de 70 ans pour certains! Ne nous étonons pas après des attitudes opportunistes de certains pays comme la Pologne.

Je suis pour un débat loyal, je suis contre les manipulations.

Le précédent débat sur la Turquie avait déjà eu l’avantage de me préparer à celui-ci. J’avais eu l’occasion là, il y a quelques mois d’avoir honte de nos hommes politiques.

Pendant de longues semaines, nombreux ils furent à invectiver les partisans de l’entrée de la Turquie. Pendant ces longues semaines, ils n’avaient certainement rien d’autre à faire qu'à secouer l'épouvantail du péril turc.

Oui je suis pour l’entrée de la Turquie. Allons-y pour voir comment ce pays résolument moderne sait composer habillement avec les archaïsmes. La Turquie c’est en 2017. Etait-il loyal de tirer sur l’ambulance ? 12 ans, cela ne laisse-t-il pas le temps de progresser à un pays qui a accordé le droit de vote aux femmes avant la France? Un pays qui a calqué ses institutions républicaines sur les nôtres. Un pays dans lequel le port du voile est interdit dans les services publics et les écoles sans que cela ne conduise à des débats ineptes comme ce fut le cas chez nous.

N’est-ce pas là une fabuleuse occasion pour faire du lien avec le monde musulman ? La Turquie n’est-elle pas un terreau favorable, un point d’ancrage fabuleux pour ré-amorcer le développement, l’épanouissement d’un bassin méditerranéen (Espagne, France, Italie, Croatie, Grèce, Turquie, Syrie, Liban, Israël, Palestine, Egypte, Lybie, Tunisie, Algérie, Maroc) qui fut la richesse de l’antiquité ?

Que sait-on de la Turquie ? Ils sont musulmans, ça fait peur. Oui ils ne veulent toujours pas reconnaître le génocide arménien. Mais sait-on que la course à l’Europe depuis quelques années la tire vers le haut : les droits des travailleurs n’ont cessé de se renforcer. Augmentation du pouvoir d’achat et de la protection sociale, résolution pacifique du problème kurde alors que nous sommes nous-même toujours empêtrés dans notre problème Corse.

Je voudrais aussi exprimer mon dégoût vis-à vis de ceux qui se sont jeté sur le projet de directive dit Bolkestein comme la misère sur le monde afin d’angoisser un peu plus les Français. Que lui reproche-t-on ? de vouloir libéraliser les services.

1- Ce n’est pas une directive. Ce texte n’est qu’en l’état de projet. Pour devenir une directive il doit être voté par le parlement, adopté par le conseil des ministres, puis repasser par le parlement en deuxième lecture.

2- Ce n’est plus le commissaire Bolkestein qui est au commande de ce projet de directive mais Charlie McCreevy qi a renoncé à ce que le projet touche aux services publics : écoles, tansports, hôpitaux, etc.

3- Il ne s’agit pas de la constitution eurpéenne mais d’un projet qui s’intège dans les textes existants et notamment dans le texte fondateur du Traité de Rome de 1957 qui prévoyait déjà la libre circulation des services

4- Il ne s’agit pas de permettre aux travailleurs d’un autre pays de l’Union de venir dans notre pays travailler aux conditions sociales de leur pays. La directive de 1996 sur les travailleurs détachés continue de s’appliquer et impose le respect des lois du pays d’accueil en matière de temps de travail, de salaire minimum, d’hygiène, de sécurité, dès lors qu’ils sont présents pour 8 jours ou plus.

5- Il s’agit des services, domaine où la France est le 1er exportateur européen et le 2ème exportateur au monde. Nous avons donc plutôt intérêt à encourager cela.

6- Ceux qui ont voté en 2003 une résolution sur la libre circulation des services et qui a donné corps au projet Bolkestein devenu McCreevy sont ceux qui crie au loup aujourd’hui : le PS et les Verts.

Alors pourquoi tout ce vacarme ? Parce que ce projet concentre toutes les angoisses légitimes sur l’érosion des droits sociaux sous couverts de modernité.

Oui les ouvriers, les chômeurs ont raison d’être inquiets du climat dans ce pays. Oui tous ceux qui gagnent moins de 55 K€ par an dans ce pays s’inquiètent des coups portés aux retraites, à la protection sociale, à l’école, de la hausse du chômage, du nombre des allocataires du RMI, des délocalisations, à l’avenir incertain de leurs enfants.

Tout ce vacarme parce que certains hommes politiques ne sont pas de bonne foi et fonctionnent de plus en plus à l’instrumentalisation, parce que certains aussi ne travaillent pas assez et prennent des positions à l’emporte-pièce sans étudier les textes et en se laissant manipuler par d’autres. (Je pense à cette pauvre Francine Bavay (Les Verts) vice-présidente de la Région Ile de France qui s’est laissée embarquer dans cette aventure. Est-ce sérieux, à de telles responsabilités au sein d’une région puissante et phare de l’Europe de refuser le traité établissant la constitution européenne ?)

Parce que le France ne s’intéresse pas assez à l’Europe.

Parce que nos ministres y vont trop peu.

Parce que nos députés cumlards y travaillent trop peu.

Parce que le ministre des affaires européennes n’a pas le poids qui devrait lui être accordé dans le gouvernement de la France. Les ambitieux Sarkozy, Douste, Lang, Strauss-Khan ne s'intéressent jamais à ce ministère.

Parce que nos dirigeants ne se préoccupent pas assez des angoisses collectives et quand elles surgissent ils préfèrent y céder plutôt que d’expliquer, d’informer.

Parce qu’ils n’ont pas le courage d’assumer leur choix et qu’il est plus facile de faire porter le chapeau à l’Europe.

Qui a laissé filer le déficit de la sécu pour mieux la livrer d'ici peu à l’appétit vorace de la banque-assurance ?

Qui profite de la décentralisation pour réduire l’Etat à sa plus simple expression en laissant supporter injustement le poids de la solidarité aux seules collectivités locales avec pour conséquence de nuire gravement à leurs budgets et d’exploser la fiscalité locale ?

Qui a décidé de reporter d’année en année, depuis 15 ans, la réforme nécessaire des retraites au risque de ne plus pouvoir payer à partir de 2012 ?

Ce n’est pas l’Europe se sont nos gouvernants nationaux. Eux qui, par manque de courage, parce qu'ils n'assument pas leurs choix destructeurs s’insurgent contre la constitution européenne.

On voit les socialistes partisans du NON se ridiculiser. Le PS organise un référundum interne pour consulter les militants. Les résultats donnent le OUI majoritaire et pourtant les partisans du NON continuent comme si de rien n’était. On savait que le NON pouvait servir les ambitions personnelles d’un ex-premier ministre qui veut revenir sur le devant de la scène ou d’un Mélenchon lui veut donner de la voix. L’Europe pour ces messieurs ne compte pour rien, elle n’est que support à leurs manœuvres.

Je veux finir ma contribution sur ce qui me conduit à être favorable au Oui.
Ce sont d’abord les valeurs affichées par la constitution :

Valeurs spirituelles :

Reconnaissance des héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe dans leurs diversité et pluralité.

Valeurs morales :

Intégration de la charte des droits fondamentaux de l’Union, proclamés à Nice en 2000, et dont le contenu dépasse la convention européenne des droits de l’Homme, limitée aux droits civils et politique Le préambule de la Charte expose que "l'Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d'égalité et de solidarité; elle repose sur le principe de la démocratie et le principe de l'Etat de droit. Elle place la personne au coeur de son action en instituant la citoyenneté de l'Union et en créant le principe de liberté, de sécurité et de justice". La charte s’intéresse aussi aux droits sociaux, à la protection des données personnelles, à la bioéthique, etc…

Référence aux droits des personnes appartenant à des minorités, à la non discrimination, à l’égalité entre hommes et femmes.

Valeurs politiques :

Les fondements démocratiques de l’Union sont énoncés et renforcés.

Les institution seuropéennes se contraignent à consulter la société civile et à la transparence.

Les citoyens, répartis dans un nombre de pays à préciser et à condition de réunir un million de signatures peuvent demander à la commission de soumettre une proposition législative.

La coopération interparlementaire est renforcée.

Valeurs économiques :

Le développement durable est fondé sur une croissance économique équilibrée, mais aussi sur la stabilité des prix. La logique libérale de l’Union est réaffirmée certes, mais elle se donne l’objectif de la construction d’une économie sociale de marché, c'est-à-dire une économie qui prend en compte les exigences liées à la promotion d’un niveau d’emploi élevé, à la garantie d’une protection sociale adéquate, à la lutte contre l’exclusion sociale ainsi qu’à un niveau élevé d’éducation, de formation et de protection de la santé humaine. Le texte reconnaît le rôle des services publics.

 

L’Europe en tant que force politique tant régionale qu’internationale est renforcée avec la création d’un président élu pour 2 ans et la création d’un ministre des affaires étrangères également vice-président de la commission. L’Europe pourra peut être demain parler enfin d’une seule voix lors des conflits et des tensions et ne pas laisser le champ libre aux seuls Etasuniens.

Le parlement devient avec le conseil des ministres, le législateur principal de l’UE, son pouvoir est renforcé.

Tout cela est perfectible certainement, mais je reconnais le travail considérable qu’il a déjà fallu pour proposer et faire travailler de concert une mosaïque de 25 pays rassemblant 475 millions d’habitants. Je n'en attendais pas autant de Giscard que j'ai, injustement, voulu renvoyer définitivement à Chamalières à cause de ses interventions complètement has been en politique intérieure. Il a su endosser l'habit européen avec brio. Et, ce n'est pas surprenant car il fait partie de cette génération qui pendant sa jeunesse a connu le grand démarrage de l'Europe puis l'a construite, comme Jacques Delors, ce type y croit, ce qui n'est pas le cas des plus jeunes (Jospin, Chirac, Fabius, etc.)

 

Rappelons que la CES, Confédération Européenne de Syndicats rassemblant 76 syndicats nationaux soit 60 millions de travailleurs en Europe, soutient le projet de Traité constitutionnel de l’UE, ratifié par les dirigeants européens à Rome le 29 octobre 2004. Elle demande à ses affiliés de mener des campagnes de vote en faveur du OUI dans les pays organisant des référendums.

Le secrétaire général de la CES estime que la Constitution représente un pas en avant comparé à l’actuel Traité de Nice et devrait être le tremplin d’une nouvelle campagne pour une Europe sociale plus forte.

* La Convention européenne, chargée de rédiger le texte de la future Constitution, s’est réunie entre le mois de février 2002 et de juillet 2003. Elle se composait de représentants des gouvernements et des parlements nationaux de tous les Etats membres de l’UE et des pays candidats. Elle a aussi invité un certain nombre d’organisations à en être des observateurs officiels, dont faisait aussi partie la CES.

* Le 27 novembre 2002, l’ancien Secrétaire général de la CES, Emilio Gabaglio, a remis le texte intégral rédigé par la CES de sa contribution à la convention, demandant que la Constitution reconnaisse un système européen de relations industrielles accordant un rôle plus important aux partenaires sociaux à tous les niveaux.

Voici la liste des syndicats français adhérents à la CES:

CFDT Confédération française démocratique du travail
CFTC Confédération française des travailleurs chrétiens
CGT Confédération générale du travail
FO Confédération générale du travail - Force Ouvrière
UNSA Union Nationale des Syndicats Autonomes

Le traité de constitution est un texte long, beaucoup trop long certainement. Cependant, je suis persuadé qu'il tire l'humanité vers le haut.

Bien entendu, on peut voter NON, il n'y a rien de honteux à cela. Je ne cherche ici, à culpabiliser personne. Si le NON l'emporte, le ciel ne nous tombera pas sur la tête. La France ne perdra certainement pas son rôle majeur dans la construction européenne même si un tel résultat peut altérer la confiance de nos voisins. Si c'est le cas, nous aurons juste perdu une chance historique d'aller de l'avant, de construire l'avenir. Il me semble regrettable d'aller se réfugier dans le "c'était mieux avant" à la "Amélie Poulain."

La France dominait le monde à l'époque moderne. Le XVIIe siècle est loin derrière nous. Notre pays ne peut vivre sans l'Europe, il en est l'initiateur, l'inspirateur. Il 'est pas difficile de comprendre que l'Europe et ce traité représente un intérêt supérieur pour la nation.

Pour faire connaisance avec le Traité établissant une Constitution pour l'Europe:

http://europa.eu.int/eur-lex/lex/JOHtml.do?uri=OJ:C:2004:310:SOM:FR:HTML

Pour recevoir le texte à domicile: 0810 2005 25

http://www.info-europe.fr/

http://www.ensemblepourleoui.fr/

Sources: Le Monde, Le Monde Diplomatique, CES, Les Matins de France Culture, Sources d'Europe.

 

 

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par olivier olivier publié dans : constitution-europeenne
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